Le sens étymologique et toponymique du nom du village Aguessac

Le nom d’Aguessac avait un sens dans la langue de ceux qui l’ont créé. Pour en retrouver son sens il faut considérer successivement les formations dans chacune des langues ci-après : le latin, la langue romane, l’occitan, le français.

La recherche de son sens ne relève pas seulement de la curiosité ; elle est fort instructive tant pour l’histoire, les progrès de peuplement, l’agriculture et la vie sociale.

  • Le Latin : Période d’utilisation du I° siècle avant J.C. au V° siècle, apporté en Gaule par les romains, ayant subi l’influence des langues germaniques. Les domaines gallo-romains ayant souvent formé le cadre des premières paroisses, nombreux sont ces lieux qui furent christianisé. La définition donnée par Albert Dauzat, dans le « Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France » est la suivante :
    Aguessac : (Aveyron), Acatiacum, du nom d’homme latin Acatius (variante: Acacius et suffixe: acum).
    Acatius était-il donc un personnage gallo-romain qui s’installa au début de notre ère au confluent du Tarn et du Lumensonesque et fonda son domaine Acatiacum ?
  • La Langue Romane : Période d’utilisation du VI° au IX° siècle, elle dérive du latin, c’est l’époque Franque. Les caractères respectifs se manifestent à la fin de l’époque carolingienne dans les premiers textes en langues vulgaires, et même à travers les textes latins de l’époque dans la transcription des noms propres. Les francs ont, généralement, conservé les anciens noms, le type de désignation le plus fréquent est purement roman.
    Acatiacum en latin, devient alors Araciaco Vico puis Agazsac en langue romane.
  • L’occitan : Appelé couramment le patois, l’occitan existe depuis le X° siècle, il dérive de la langue romane. Nous pouvons distinguer deux périodes pour ce parlé.
  • L’ancien français de 987 à 1328 (de Hugues Capet à Philippe de Valois)
    Agazsac en langue romane devient alors Agassac en ancien français.
    Le « z » latin transcrivait une lettre grecque dont la valeur était « dz » ; le son « s », pour « z » entre voyelles, s’est développé tardivement dans la langue latine.
  • Le moyen français de 1340 à 1610 (de la guerre de cent ans aux guerres de religions)
    Pour les domaines ruraux, ont revient aux dérivés à l’instar de l’époque latine, mais avec des suffixes nouveaux, ajoutés au nom du possesseur.
    Agassac en ancien français devient alors Aguassacus, Aguessacus, Villagus Aguessaci en moyen français.
  • Le Français : Pour nous qui nous situons dans l’occitanie, le français est une langue d’importation récente, elle ne s’est introduite qu’au XVI° siècle et n’a pas fait disparaître la langue locale: l’occitan.
    Nous distinguerons deux périodes pour cette langue
  • Le français classique de 1610 à 1789 (de Louis XIII à Louis XVI : la période bourbonienne)
    Les noms de lieux sont en partie stabilisés.
    Aguassacus, Aguessacus, Villagus Aguessaci en ancien français alors Aguesac en français classique.
  • Le français moderne de 1789 à 1914 et contemporain de 1914 à nos jours
    Pas de grand changement dans l’orthographe du nom de notre village.
    Aguesac en français classique devient alors Aguessac en français moderne et contemporain.

Une pièce de la provenance d’Aguessac où devait se situer un atelier monétaire à l’époque mérovingienne

Les monnaies royales de l’époque mérovingienne sont rares ; les monnaies des églises le sont un peu moins. Il n’y a qu’une série de pièces d’or frappées pendant cette période dont on ait retrouvé des exemplaires nombreux et variés, ce sont celles qui ne portent ni de nom de roi, ni de nom d’église, mais seulement un nom de lieu et un nom de monétaire.

L’ouvrage de Maurice Prou : « Le catalogue des monnaies françaises archivées à la bibliothèque de France, Tome I, Les monnaies mérovingiennes » nous décrit à la page 392 une pièce de la provenance d’Aguessac où devait se situer un atelier monétaire à l’époque mérovingienne. Cette pièce fut trouvée dans les fondations de la maison Rascalou comme nous le signale A. Albenque dans son livre : « Les Ruthènes ». Elle est archivée à la Bibliothèque Nationale de France.

Les monnaies sont classées par ateliers suivant l’ordre des provinces romaines.

  • Province d’Aquitaine : « PROVINCIA AQUITANIA PRIMA »
  • Ateliers monétaires de Rodez : « CIVITA RUTENORUM - RUTENUS »
Piece Aguessac Avers

Description : 

AGACIACO - Aguessac (Aveyron)

ARACIACO VICO - Tête diadèmée, à droite.

R. + ////// ADVS M entre deux couronnes. Croix, accostée des lettres numérales II (pour VII)

Tiers de sou d’or, 1 gr. 24

A. de Belfort, description générale, n° 423, fig. (lit au dr. Ataciaco vico)

Les sous d’or, qui comme monnaies réelles, étaient peu commun, les tiers de sou constituaient le numéraire courant de l’époque mérovingienne. Les lettres VII accostées à la croix désignent le poids de la monnaie en siliques (VII siliques équivalent à 1 gr. 24).

Les types adoptés par les monétaires pour la décoration des monnaies cherchèrent tout d’abord à imiter les pièces impériales. Aussi les types ordinaires des tiers de sou consistent-ils en un buste d’un côté et une croix de l’autre. Le buste est ordinairement diadèmé et posé de profil. Le symbole chrétien le plus usité, celui qui constitue le type du revers de la plupart des monnaies émises en Gaule depuis la fin du VI° siècle jusqu’au milieu du VIII° siècle, c’est la croix sous ses diverses formes.

Piece Aguessac Avers

Un carrefour stratégique

A la Préhistoire, les cheminements induits par le mode de vie nomade précèdent l’implantation d’abord saisonnière puis définitive des populations autour de l’eau. Cette implantation conditionne à son tour la création de nouvelles voies de communication, un cercle vertueux qui sert le développement des Grands Causses depuis des millénaires.

Dès le VIème siècle avant J.-C., la région est traversée par des voies commerciales Nord-Sud qui empruntent le Larzac et Millau.

Elles relient le Massif Central à la plaine Languedocienne.

Quand le territoire passe sous domination Romaine, une intense activité artisanale, industrielle, agricole et commerciale se déploie sur les Causses et dans les vallées.

Autour de Condatomagus, « le marché du confluent » (actuellement Millau), de belles voies sont aménagées pour être empruntées par des convois de charrettes, vers Lodève, Nîmes et Rodez. D’autres voies moins importantes relient bourgades et grands domaines. Sur le site d’Aguessac, de nombreuses voies se déploient.

Situation géographique

Aguessac, situé à la confluence du Tarn et du Lumensonesque dans un vallon resserré, est intégré dans l’ensemble des plateaux calcaires (karstiques) Causse Noir, Puech d’Andan, Causse Rouge et la montagne de Luzergue.

Le réseau hydrographique du Tarn et du Lumensonesque, s’ils donnent la fraîcheur et le mouvement de la vie, a fait apparaître des modifications spectaculaires aux paysages riverains.

Les habitants d’Aguessac dès les premières origines se sont installés sur la première terrasse riveraine du Tarn et prenaient soins de construire leurs habitations à l’abri des crues et laissaient les plaines inondables en pacages.

Les passages de voies importantes ont structuré le village, un pont au XIII° siècle (enjambant le lumensonesque) et un bac entre Paulhe et Aguessac, indique que la liaison Millau, le Gévaudan passe en rive gauche du Tarn.

Au XVI° siècle, le chemin du Gévaudan emprunte la rive droite et confirme un embryon d’agglomération dépendante de la cité de Compeyre, comme Paulhe d’ailleurs.

Cet itinéraire empruntait certainement la place Basse et l’axe des rues de la Plume et des Jardins.

Au XVIII° siècle, Aguessac devient un carrefour avec l’ouverture de la route des intendants qui reliait le Languedoc à l’Auvergne, par Séverac.

Ce croisement avec le vieux chemin du Gévaudan devait se faire aux environs de la place de l’Ormeau et la direction de Séverac se prenait sûrement par la rue du Viaduc.

Au XIX° siècle, la route de Clermont-Ferrand est déviée à l’ouest et génère une extension de l’agglomération de part et d’autre de l’avenue des Causses (RN 9) constituée d’hostelleries, remises écuries qui la caractérise encore aujourd’hui.

La route du Gévaudan par le Buffarel s’intercale entre celle-ci et le vieil Aguessac à l’est.

En 1828, Aguessac fut érigé en commune

Dès le I° siècle avant notre ère, à la conquête de la Gaule par les romains, le Rouergue dépendait de l’Aquitaine romaine « Provincia Aquitania Prima », cité des Ruthènes « Civitas Rutenorum ». Au III° siècle, l’Aquitaine primitive était désignée par le nom de Novempopulanie, qu’elle échangea depuis contre celui de Gascogne, Vasconia, par suite de l’établissement d’une nouvelle population venue des Pyrénées espagnoles. En français primitif, le mot Aquitania est devenu Aguiaine ou Aguienne, bientôt réduit à Guyenne. Après la chute de l’empire romain, les visigoths conquirent le Rouergue vers 472, Clovis en devint le chef en 507, encore aux visigoths en 512, aux rois d’Austrasie en 533, au duc d’Aquitaine en 688, à Pépin le Bref en 768 ; Charlemagne l’incorpora en 778 au royaume d’Aquitaine, au comté de Toulouse jusque en 1093.

Le comté de Rodez fut démembré du Rouergue vers 1112, qui fut vendu, sous la réserve de la suzeraineté. C’est à ce démembrement du Rouergue qu’il faut rapporter sa division en trois marches: la Haute-Marche, la Basse-Marche et le comté de Rodez. Ce fut l’origine des trois élections établies postérieurement. Millau devient ainsi la capitale de la Haute-Marche.  

Le comté de Rouergue fit partie du comté de Toulouse jusqu’en 1271, date à laquelle ce comté fut réuni à la couronne. Désormais le pays de Rouergue, plus exactement la Haute Marche pour la sénéchaussée de Millau, la Basse Marche pour la sénéchaussée de Villefranche de Rouergue et le Comté de Rodez, faisait partie d’un ensemble appelé la Guyenne n’étant qu’une partie de l’Aquitaine romaine et comprenant les départements de la Gironde, Dordogne, Lot, Lot et Garonne, Tarn et Garonne, Aveyron.     

Le Rouergue en entier fut cédé aux anglais en 1360, mais huit ans plus tard, les populations se révoltèrent et reconnurent la supériorité du roi de France. Les anglais quittèrent définitivement le Rouergue en 1370.

Le comté de Rodez, ne fut réuni définitivement au royaume de France qu’en 1589, par avènement au trône d’Henri IV (Henri de Bourbon, roi de Navarre, duc de Vendôme et comte de Rodez), qui tenait ce comté de sa mère, Jeanne d’Albret, descendante des comtes de Rodez.

Aguessac était une dépendance comprise dans le bailliage de Compeyre dès le début du XIV° siècle et ce jusqu’en 1789. De 1789 à 1828, Aguessac était compris dans la commune de Compeyre. De même que notre village appartenait à la paroisse primitive de Compeyre c’est-à-dire : Lumenson. 

Le 14 décembre 1789, l’assemblée nationale avait, par une loi, organisée, sur un nouveau plan, les administrations communales du royaume. En conséquence de cette loi, le corps des consuls fut remplacé par des officiers municipaux. Les insignes de l’autorité communale furent ainsi changés : l’antique costume, composé de la robe et du chaperon fit place à la moderne écharpe.

« La province du Rouergue, connue sous le département de l’Aveyron depuis 1790, est bornée au midi par le Languedoc, département du Tarn ; au nord par l’Auvergne, département du Cantal ; au couchant par le Querci, département du Lot ; et à l’orient par le Gévaudan et les Cévènes, département de la Lozère. » telle en fut la description donnée par Argeliez en 1847 dans son ouvrage : « Histoire et statistique de la vallée du Tarn« .

A cette époque de la division de la France en département, Aguessac faisait partie de la commune de Compeyre. De même Compeyre était le chef-lieu de canton et comprenait : Aguessac, Peyreleau et Rivière sur Tarn. Dix ans plus tard, en 1880, Compeyre n’était plus qu’une simple commune rattachée au canton de Millau.

C’est en 1828, le 25 août que le village d’Aguessac fut séparé de Compeyre, érigé en commune et le premier maire, Jean-Baptiste Collière, fut nommé et ce par arrêté du ministre de l’intérieur.

C’est par édit du mois d’août 1692, que Louis XIV créa des charges ou offices de maire dont il s’était réservé la nomination. C’était tout à la fois une mesure fiscale et un moyen d’étendre la puissance royale. Les consuls n’eurent dès lors qu’un rôle secondaire.

C’est par l’extrait des registres de la préfecture du département de l’Aveyron du 27 septembre 1828 ; signé par le conseiller d’arrondissement délégué Mr. Gaujal, que fut nommé Collière Jean-Baptiste, maire d’Aguessac (profession géomètre) et qui exerça le premier mandat de la commune du 27 septembre 1828 au 25 août 1829 avec comme adjoint Jullien François-Hilarion médecin et ancien membre du conseil municipal de Compeyre (habitant d’Aguessac).

Les chemins et les routes

La célèbre Table Théodosienne, plus connue sous le nom de Table de Peutinger et qui n’est qu’un immense itinéraire illustré de l’empire romain. Elle fut dressée ou mise au point au III° ou au IV° siècle par le cartographe Castorius. Elle fait mention d’une voie romaine traversant le pays des ruthènes, partant de Segodunum, arrivant à une autre ville appelée Condatemag, et aboutissant à Luteva, et ensuite à Cessero, sur l’Hérault. Notre région était ainsi reliée avec la grande voie Domitienne, qui faisait communiquer la Gaule Narbonnaise et l’Espagne avec Rome.
La topographie moderne, ou description détaillée du terrain, apparaît vers le XVII° siècle, en même temps que commence les grandes mesures par triangulation géodésique.

Grand Rue d'Aguessac

En France la lignée des Cassini crée la géodésie moderne, et le troisième du nom dresse la première carte topographique appuyée sur une triangulation générale et couvrant un grand pays.

La route de Millau à Marvejols était un tronçon de la grande route Paris-Montpellier, dont le tracé ne put jamais être définitivement arrêté au XVIII° siècle, par suite des rivalités de Séverac, La Canourgue, Marvejols et Mende.

Les premiers devis avaient été établis en 1716. En 1767 la partie Lodève-Millau était construite.

Alors se posa la question du tracé à suivre pour le tronçon Millau-Marvejols.

Le conflit dura longtemps encore puisque la route Marvejols-Millau, par Séverac, ne fut ouverte à la circulation qu’en 1841.

Les berges du Tarn

Le plan napoléonien de août 1830, nous montre que dans le bas du village d'Aguessac en prolongement de la rue de la Tannerie et de la rue du quai du Tarn il y avait une continuité du chemin qui aboutissait jusqu'au fond de la rue du Parc, cette rue était appelée la rue basse. Les crues de septembre 1866, octobre 1868, octobre 1872, septembre 1875 et décembre 1888 avaient gravement endommagé la partie basse du village ainsi que les fondations de ce chemin, la rue basse ; une écurie avait été emportée.

Paysage des Berges du Tarn

L’assemblée municipale présidée par le maire Mr. Baldeyrou Sylvain, en délibération du 10 septembre 1889, vota un projet de défense du village contre les érosions du Tarn. Le montant du projet s’élevait à 11.000 francs. Ceci faisant partie d’une première tranche, du ruisseau le Lumensonesque jusqu’au niveau de l’ancien transformateur, les travaux furent exécutés en 1891.

C’est au cours de la délibération de l’assemblée municipale en séance du 19 mai 1895 qu’une demande pour l’élaboration d’un plan d’extension de l’ouvrage de défense contre le Tarn fut faite auprès de Mr. le Préfet de l’Aveyron. La seconde tranche des travaux, de l’ancien transformateur jusqu’aux Agravettes, pour la défense du bas du village contre l’érosion du Tarn fut votée en délibération de l’assemblée municipale en date du 17 septembre 1895. La dépense s’élevait à 12.000 francs pour la réalisation d’un enrochement et d’un perré de 40 centimètres d’épaisseur incliné à 45°. Les travaux furent achevés en 1896.

La promenade des berges du Tarn fut réalisée fin des années 1980 et des bancs en pierre installés en 1991.

LA LIGNE DE CHEMIN DE FER​

Par rapport aux autres moyens de transport existants, le chemin de fer apporte d’incontestables avantages. Un transport plus rapide et en plus grande quantité, cela ne peut qu’abaisser les coûts. Il est donc possible de vendre plus et plus rapidement, l’industrie se trouve stimulée, tout en connaissant une extension du marché de consommation, notamment la sidérurgie puisqu’il faut des rails et des locomotives. Le chemin de fer permet de rompre l’isolement de certaines régions et, en conséquence, de désenclaver les campagnes.

Viaduc Aguessac

Lors de la réception de la ligne, exploitée par la compagnie des chemins de fer du Midi, le 22 avril 1880, Aguessac possédait sa station. De même, le panorama des installations de remisage et d’entretien des machines se composaient de quelque quatorze dépôts et annexes répartis sur la ligne principale. Le service de l’artère Béziers – Neussargues échut principalement aux importants dépôts de Béziers et de Séverac, ainsi qu’à ceux de Bédarieux et Tournemire, dont les attributions concernées également les lignes transversales. Il existait également une dizaine d’annexes, qui hébergeaient essentiellement les locomotives de manoeuvres et de renforts, et qui coïncidaient ainsi avec les gares principales et aux endroits où les rampes sont les plus marquées comme Aguessac – Engayresque avec 33,3 mm/m. L’annexe d’Aguessac comprenait une rotonde à deux voies (toujours existantes) et un pont tournant.

La Compagnie de Midi avait entrepris d’électrifier de nombreuses lignes de leur réseau. L’artère Béziers – Neussargues devait rester l’unique voie ferrée électrifiée du Massif Central. E 14 septembre 1932 : autorisation définitive de mise sous tension, délivrée par l’ingénieur général des Ponts et Chaussée Gerdes.