Le sens étymologique et toponymique du nom du village Aguessac

Le nom d’Aguessac avait un sens dans la langue de ceux qui l’ont créé. Pour en retrouver son sens il faut considérer successivement les formations dans chacune des langues ci-après : le latin, la langue romane, l’occitan, le français.

La recherche de son sens ne relève pas seulement de la curiosité ; elle est fort instructive tant pour l’histoire, les progrès de peuplement, l’agriculture et la vie sociale.

  • Le Latin : Période d’utilisation du I° siècle avant J.C. au V° siècle, apporté en Gaule par les romains, ayant subi l’influence des langues germaniques. Les domaines gallo-romains ayant souvent formé le cadre des premières paroisses, nombreux sont ces lieux qui furent christianisé. La définition donnée par Albert Dauzat, dans le « Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France » est la suivante :
    Aguessac : (Aveyron), Acatiacum, du nom d’homme latin Acatius (variante: Acacius et suffixe: acum).
    Acatius était-il donc un personnage gallo-romain qui s’installa au début de notre ère au confluent du Tarn et du Lumensonesque et fonda son domaine Acatiacum ?
  • La Langue Romane : Période d’utilisation du VI° au IX° siècle, elle dérive du latin, c’est l’époque Franque. Les caractères respectifs se manifestent à la fin de l’époque carolingienne dans les premiers textes en langues vulgaires, et même à travers les textes latins de l’époque dans la transcription des noms propres. Les francs ont, généralement, conservé les anciens noms, le type de désignation le plus fréquent est purement roman.
    Acatiacum en latin, devient alors Araciaco Vico puis Agazsac en langue romane.
  • L’occitan : Appelé couramment le patois, l’occitan existe depuis le X° siècle, il dérive de la langue romane. Nous pouvons distinguer deux périodes pour ce parlé.
  • L’ancien français de 987 à 1328 (de Hugues Capet à Philippe de Valois)
    Agazsac en langue romane devient alors Agassac en ancien français.
    Le « z » latin transcrivait une lettre grecque dont la valeur était « dz » ; le son « s », pour « z » entre voyelles, s’est développé tardivement dans la langue latine.
  • Le moyen français de 1340 à 1610 (de la guerre de cent ans aux guerres de religions)
    Pour les domaines ruraux, ont revient aux dérivés à l’instar de l’époque latine, mais avec des suffixes nouveaux, ajoutés au nom du possesseur.
    Agassac en ancien français devient alors Aguassacus, Aguessacus, Villagus Aguessaci en moyen français.
  • Le Français : Pour nous qui nous situons dans l’occitanie, le français est une langue d’importation récente, elle ne s’est introduite qu’au XVI° siècle et n’a pas fait disparaître la langue locale: l’occitan.
    Nous distinguerons deux périodes pour cette langue
  • Le français classique de 1610 à 1789 (de Louis XIII à Louis XVI : la période bourbonienne)
    Les noms de lieux sont en partie stabilisés.
    Aguassacus, Aguessacus, Villagus Aguessaci en ancien français alors Aguesac en français classique.
  • Le français moderne de 1789 à 1914 et contemporain de 1914 à nos jours
    Pas de grand changement dans l’orthographe du nom de notre village.
    Aguesac en français classique devient alors Aguessac en français moderne et contemporain.

Une pièce de la provenance d’Aguessac où devait se situer un atelier monétaire à l’époque mérovingienne

Les monnaies royales de l’époque mérovingienne sont rares ; les monnaies des églises le sont un peu moins. Il n’y a qu’une série de pièces d’or frappées pendant cette période dont on ait retrouvé des exemplaires nombreux et variés, ce sont celles qui ne portent ni de nom de roi, ni de nom d’église, mais seulement un nom de lieu et un nom de monétaire.

L’ouvrage de Maurice Prou : « Le catalogue des monnaies françaises archivées à la bibliothèque de France, Tome I, Les monnaies mérovingiennes » nous décrit à la page 392 une pièce de la provenance d’Aguessac où devait se situer un atelier monétaire à l’époque mérovingienne. Cette pièce fut trouvée dans les fondations de la maison Rascalou comme nous le signale A. Albenque dans son livre : « Les Ruthènes ». Elle est archivée à la Bibliothèque Nationale de France.

Les monnaies sont classées par ateliers suivant l’ordre des provinces romaines.

  • Province d’Aquitaine : « PROVINCIA AQUITANIA PRIMA »
  • Ateliers monétaires de Rodez : « CIVITA RUTENORUM - RUTENUS »
Piece Aguessac Avers

Description : 

AGACIACO - Aguessac (Aveyron)

ARACIACO VICO - Tête diadèmée, à droite.

R. + ////// ADVS M entre deux couronnes. Croix, accostée des lettres numérales II (pour VII)

Tiers de sou d’or, 1 gr. 24

A. de Belfort, description générale, n° 423, fig. (lit au dr. Ataciaco vico)

Les sous d’or, qui comme monnaies réelles, étaient peu commun, les tiers de sou constituaient le numéraire courant de l’époque mérovingienne. Les lettres VII accostées à la croix désignent le poids de la monnaie en siliques (VII siliques équivalent à 1 gr. 24).

Les types adoptés par les monétaires pour la décoration des monnaies cherchèrent tout d’abord à imiter les pièces impériales. Aussi les types ordinaires des tiers de sou consistent-ils en un buste d’un côté et une croix de l’autre. Le buste est ordinairement diadèmé et posé de profil. Le symbole chrétien le plus usité, celui qui constitue le type du revers de la plupart des monnaies émises en Gaule depuis la fin du VI° siècle jusqu’au milieu du VIII° siècle, c’est la croix sous ses diverses formes.

Piece Aguessac Avers

Un carrefour stratégique

A la Préhistoire, les cheminements induits par le mode de vie nomade précèdent l’implantation d’abord saisonnière puis définitive des populations autour de l’eau. Cette implantation conditionne à son tour la création de nouvelles voies de communication, un cercle vertueux qui sert le développement des Grands Causses depuis des millénaires.

Dès le VIème siècle avant J.-C., la région est traversée par des voies commerciales Nord-Sud qui empruntent le Larzac et Millau.

Elles relient le Massif Central à la plaine Languedocienne.

Quand le territoire passe sous domination Romaine, une intense activité artisanale, industrielle, agricole et commerciale se déploie sur les Causses et dans les vallées.

Autour de Condatomagus, « le marché du confluent » (actuellement Millau), de belles voies sont aménagées pour être empruntées par des convois de charrettes, vers Lodève, Nîmes et Rodez. D’autres voies moins importantes relient bourgades et grands domaines. Sur le site d’Aguessac, de nombreuses voies se déploient.

Situation géographique

Aguessac, situé à la confluence du Tarn et du Lumensonesque dans un vallon resserré, est intégré dans l’ensemble des plateaux calcaires (karstiques) Causse Noir, Puech d’Andan, Causse Rouge et la montagne de Luzergue.

Le réseau hydrographique du Tarn et du Lumensonesque, s’ils donnent la fraîcheur et le mouvement de la vie, a fait apparaître des modifications spectaculaires aux paysages riverains.

Les habitants d’Aguessac dès les premières origines se sont installés sur la première terrasse riveraine du Tarn et prenaient soins de construire leurs habitations à l’abri des crues et laissaient les plaines inondables en pacages.

Les passages de voies importantes ont structuré le village, un pont au XIII° siècle (enjambant le lumensonesque) et un bac entre Paulhe et Aguessac, indique que la liaison Millau, le Gévaudan passe en rive gauche du Tarn.

Au XVI° siècle, le chemin du Gévaudan emprunte la rive droite et confirme un embryon d’agglomération dépendante de la cité de Compeyre, comme Paulhe d’ailleurs.

Cet itinéraire empruntait certainement la place Basse et l’axe des rues de la Plume et des Jardins.

Au XVIII° siècle, Aguessac devient un carrefour avec l’ouverture de la route des intendants qui reliait le Languedoc à l’Auvergne, par Séverac.

Ce croisement avec le vieux chemin du Gévaudan devait se faire aux environs de la place de l’Ormeau et la direction de Séverac se prenait sûrement par la rue du Viaduc.

Au XIX° siècle, la route de Clermont-Ferrand est déviée à l’ouest et génère une extension de l’agglomération de part et d’autre de l’avenue des Causses (RN 9) constituée d’hostelleries, remises écuries qui la caractérise encore aujourd’hui.

La route du Gévaudan par le Buffarel s’intercale entre celle-ci et le vieil Aguessac à l’est.

En 1828, Aguessac fut érigé en commune

Dès le I° siècle avant notre ère, à la conquête de la Gaule par les romains, le Rouergue dépendait de l’Aquitaine romaine « Provincia Aquitania Prima », cité des Ruthènes « Civitas Rutenorum ». Au III° siècle, l’Aquitaine primitive était désignée par le nom de Novempopulanie, qu’elle échangea depuis contre celui de Gascogne, Vasconia, par suite de l’établissement d’une nouvelle population venue des Pyrénées espagnoles. En français primitif, le mot Aquitania est devenu Aguiaine ou Aguienne, bientôt réduit à Guyenne. Après la chute de l’empire romain, les visigoths conquirent le Rouergue vers 472, Clovis en devint le chef en 507, encore aux visigoths en 512, aux rois d’Austrasie en 533, au duc d’Aquitaine en 688, à Pépin le Bref en 768 ; Charlemagne l’incorpora en 778 au royaume d’Aquitaine, au comté de Toulouse jusque en 1093.

Le comté de Rodez fut démembré du Rouergue vers 1112, qui fut vendu, sous la réserve de la suzeraineté. C’est à ce démembrement du Rouergue qu’il faut rapporter sa division en trois marches: la Haute-Marche, la Basse-Marche et le comté de Rodez. Ce fut l’origine des trois élections établies postérieurement. Millau devient ainsi la capitale de la Haute-Marche.  

Le comté de Rouergue fit partie du comté de Toulouse jusqu’en 1271, date à laquelle ce comté fut réuni à la couronne. Désormais le pays de Rouergue, plus exactement la Haute Marche pour la sénéchaussée de Millau, la Basse Marche pour la sénéchaussée de Villefranche de Rouergue et le Comté de Rodez, faisait partie d’un ensemble appelé la Guyenne n’étant qu’une partie de l’Aquitaine romaine et comprenant les départements de la Gironde, Dordogne, Lot, Lot et Garonne, Tarn et Garonne, Aveyron.     

Le Rouergue en entier fut cédé aux anglais en 1360, mais huit ans plus tard, les populations se révoltèrent et reconnurent la supériorité du roi de France. Les anglais quittèrent définitivement le Rouergue en 1370.

Le comté de Rodez, ne fut réuni définitivement au royaume de France qu’en 1589, par avènement au trône d’Henri IV (Henri de Bourbon, roi de Navarre, duc de Vendôme et comte de Rodez), qui tenait ce comté de sa mère, Jeanne d’Albret, descendante des comtes de Rodez.

Aguessac était une dépendance comprise dans le bailliage de Compeyre dès le début du XIV° siècle et ce jusqu’en 1789. De 1789 à 1828, Aguessac était compris dans la commune de Compeyre. De même que notre village appartenait à la paroisse primitive de Compeyre c’est-à-dire : Lumenson. 

Le 14 décembre 1789, l’assemblée nationale avait, par une loi, organisée, sur un nouveau plan, les administrations communales du royaume. En conséquence de cette loi, le corps des consuls fut remplacé par des officiers municipaux. Les insignes de l’autorité communale furent ainsi changés : l’antique costume, composé de la robe et du chaperon fit place à la moderne écharpe.

« La province du Rouergue, connue sous le département de l’Aveyron depuis 1790, est bornée au midi par le Languedoc, département du Tarn ; au nord par l’Auvergne, département du Cantal ; au couchant par le Querci, département du Lot ; et à l’orient par le Gévaudan et les Cévènes, département de la Lozère. » telle en fut la description donnée par Argeliez en 1847 dans son ouvrage : « Histoire et statistique de la vallée du Tarn« .

A cette époque de la division de la France en département, Aguessac faisait partie de la commune de Compeyre. De même Compeyre était le chef-lieu de canton et comprenait : Aguessac, Peyreleau et Rivière sur Tarn. Dix ans plus tard, en 1880, Compeyre n’était plus qu’une simple commune rattachée au canton de Millau.

C’est en 1828, le 25 août que le village d’Aguessac fut séparé de Compeyre, érigé en commune et le premier maire, Jean-Baptiste Collière, fut nommé et ce par arrêté du ministre de l’intérieur.

C’est par édit du mois d’août 1692, que Louis XIV créa des charges ou offices de maire dont il s’était réservé la nomination. C’était tout à la fois une mesure fiscale et un moyen d’étendre la puissance royale. Les consuls n’eurent dès lors qu’un rôle secondaire.

C’est par l’extrait des registres de la préfecture du département de l’Aveyron du 27 septembre 1828 ; signé par le conseiller d’arrondissement délégué Mr. Gaujal, que fut nommé Collière Jean-Baptiste, maire d’Aguessac (profession géomètre) et qui exerça le premier mandat de la commune du 27 septembre 1828 au 25 août 1829 avec comme adjoint Jullien François-Hilarion médecin et ancien membre du conseil municipal de Compeyre (habitant d’Aguessac).

Les chemins et les routes

La célèbre Table Théodosienne, plus connue sous le nom de Table de Peutinger et qui n’est qu’un immense itinéraire illustré de l’empire romain. Elle fut dressée ou mise au point au III° ou au IV° siècle par le cartographe Castorius. Elle fait mention d’une voie romaine traversant le pays des ruthènes, partant de Segodunum, arrivant à une autre ville appelée Condatemag, et aboutissant à Luteva, et ensuite à Cessero, sur l’Hérault. Notre région était ainsi reliée avec la grande voie Domitienne, qui faisait communiquer la Gaule Narbonnaise et l’Espagne avec Rome.
La topographie moderne, ou description détaillée du terrain, apparaît vers le XVII° siècle, en même temps que commence les grandes mesures par triangulation géodésique.

Grand Rue d'Aguessac

En France la lignée des Cassini crée la géodésie moderne, et le troisième du nom dresse la première carte topographique appuyée sur une triangulation générale et couvrant un grand pays.

La route de Millau à Marvejols était un tronçon de la grande route Paris-Montpellier, dont le tracé ne put jamais être définitivement arrêté au XVIII° siècle, par suite des rivalités de Séverac, La Canourgue, Marvejols et Mende.

Les premiers devis avaient été établis en 1716. En 1767 la partie Lodève-Millau était construite.

Alors se posa la question du tracé à suivre pour le tronçon Millau-Marvejols.

Le conflit dura longtemps encore puisque la route Marvejols-Millau, par Séverac, ne fut ouverte à la circulation qu’en 1841.

Les berges du Tarn

Le plan napoléonien de août 1830, nous montre que dans le bas du village d'Aguessac en prolongement de la rue de la Tannerie et de la rue du quai du Tarn il y avait une continuité du chemin qui aboutissait jusqu'au fond de la rue du Parc, cette rue était appelée la rue basse. Les crues de septembre 1866, octobre 1868, octobre 1872, septembre 1875 et décembre 1888 avaient gravement endommagé la partie basse du village ainsi que les fondations de ce chemin, la rue basse ; une écurie avait été emportée.

Paysage des Berges du Tarn

L’assemblée municipale présidée par le maire Mr. Baldeyrou Sylvain, en délibération du 10 septembre 1889, vota un projet de défense du village contre les érosions du Tarn. Le montant du projet s’élevait à 11.000 francs. Ceci faisant partie d’une première tranche, du ruisseau le Lumensonesque jusqu’au niveau de l’ancien transformateur, les travaux furent exécutés en 1891.

C’est au cours de la délibération de l’assemblée municipale en séance du 19 mai 1895 qu’une demande pour l’élaboration d’un plan d’extension de l’ouvrage de défense contre le Tarn fut faite auprès de Mr. le Préfet de l’Aveyron. La seconde tranche des travaux, de l’ancien transformateur jusqu’aux Agravettes, pour la défense du bas du village contre l’érosion du Tarn fut votée en délibération de l’assemblée municipale en date du 17 septembre 1895. La dépense s’élevait à 12.000 francs pour la réalisation d’un enrochement et d’un perré de 40 centimètres d’épaisseur incliné à 45°. Les travaux furent achevés en 1896.

La promenade des berges du Tarn fut réalisée fin des années 1980 et des bancs en pierre installés en 1991.

LA LIGNE DE CHEMIN DE FER​

Par rapport aux autres moyens de transport existants, le chemin de fer apporte d’incontestables avantages. Un transport plus rapide et en plus grande quantité, cela ne peut qu’abaisser les coûts. Il est donc possible de vendre plus et plus rapidement, l’industrie se trouve stimulée, tout en connaissant une extension du marché de consommation, notamment la sidérurgie puisqu’il faut des rails et des locomotives. Le chemin de fer permet de rompre l’isolement de certaines régions et, en conséquence, de désenclaver les campagnes.

Viaduc Aguessac

Lors de la réception de la ligne, exploitée par la compagnie des chemins de fer du Midi, le 22 avril 1880, Aguessac possédait sa station. De même, le panorama des installations de remisage et d’entretien des machines se composaient de quelque quatorze dépôts et annexes répartis sur la ligne principale. Le service de l’artère Béziers – Neussargues échut principalement aux importants dépôts de Béziers et de Séverac, ainsi qu’à ceux de Bédarieux et Tournemire, dont les attributions concernées également les lignes transversales. Il existait également une dizaine d’annexes, qui hébergeaient essentiellement les locomotives de manoeuvres et de renforts, et qui coïncidaient ainsi avec les gares principales et aux endroits où les rampes sont les plus marquées comme Aguessac – Engayresque avec 33,3 mm/m. L’annexe d’Aguessac comprenait une rotonde à deux voies (toujours existantes) et un pont tournant.

La Compagnie de Midi avait entrepris d’électrifier de nombreuses lignes de leur réseau. L’artère Béziers – Neussargues devait rester l’unique voie ferrée électrifiée du Massif Central. E 14 septembre 1932 : autorisation définitive de mise sous tension, délivrée par l’ingénieur général des Ponts et Chaussée Gerdes.

Les journées du patrimoine à Aguessac

 

En ces journées du patrimoine 17 et 18 septembre 2022, le village d’Aguessac ne possède pas de bâtiments architecturaux remarquables. Nous pourrions citer le viaduc SNCF construit au XIX° siècle (ouvrage terminé en 1876) lors de l’arrivée du train ; parler de l’église Notre Dame sainte Marie de Lumenson, église matrice de Compeyre, qui fût construite sur les bords du Tarn, à l’emplacement du cimetière actuel et ce avant 1082, date de sa donation à l’abbaye saint Victor de Marseille. Mais c’est en février 1808, par une forte crue du Tarn que l’église Notre Dame sainte Marie de Lumenson fut emportée. La statue de sainte Marie de Lumenson, patronne d’Aguessac, fut miraculeusement sauvée par un fidèle Nagassol, actuellement cette statue se trouve sur l’autel, dans le chœur de l’église et est richement décorée.

Il n’existe à ce jour aucune représentation graphique connue de ce que pouvait être cette église.

De l’ancienne église Notre Dame sainte Marie de Lumenson, il ne reste qu’un pilier surmonté d’une croix dans le cimetière actuel. Le droit ecclésiastique attache une grande importance à ce que les églises gardent invariablement le nom du titulaire qui leur a été donné, lors de leur fondation ou de leur dédicace. Le saint concile de Trente, (ses. XXI, c. 7 de réform.) s’appuyant sur les principes les plus anciens du droit canonique, veut même que le titre d’une église survive à sa destruction ; et il ordonne, dans ce cas, de le transférer dans l’église la plus voisine et d’y établir une chapelle, ou du moins un autel sous le vocable de l’église supprimée. Quant à l’emplacement des églises détruites, il désire que l’aliénation n’en soit faite que sous certaines réserves, et en retenant un espace suffisant pour y ériger une croix qui rappelle l’ancienne dignité de ce lieu.

Inscriptions latines sur le pilier :

EN LOCA DE LIMENTONE, STAT CRUX DUM VOLVITUR ORBIS, COEMET REST 1848-49

« En ce lieu de Lumenson (église primitive de Notre Dame Sainte Marie de Lumenson), La croix demeure tandis que le monde tourne (devise informelle de l’ordre des Chartreux : La terre tourne, le monde change, tout se transforme mais la croix demeure.), Repose en ce lieu de sépultures 1848-49 »

Notre église actuelle fut bâtie au cours du XIX ième siècle (1818). Le clocher était situé vers l’Ouest. Cet en 1898, que le clocher fut rebâti vers l’Est, Juxtaposant la R.N. 9.

Mais à l’intérieur de notre nouvelle église se cache un autre trésor patrimonial ; comment faire la relation entre l’histoire de l’église Notre Dame Sainte Marie de Lumenson et le château de Montméjan (orthographe respectée et ce jusqu’au milieu du XIX° siècle, 1850) ?

C’est dans l’excellent et passionnant livre « Montméjean et les moulins de Corp, Actes et paroles de l’Association Vivre Montméjean, Jean-Jacques ANDRE, Christian BOUDES, Marie-Jo CARTAYRADE » que se trouve la réponse.

Dont nous en emprunterons quelques extraits : Chapitre 2, Château de Montméjan : des origines très anciennes.

« La première mention du patronyme Montméjan date de 1070. Raymond Hugues de Montméjan donne à l’abbaye d’Aniane tout ce qu’il possède à Pierrefiche et à Vessac à partir du jour où il recevra l’habit monacal.

La lignée des de Montméjan ressortant de la donation effectuée en 1070 par Raymond Hugues, à l’abbaye d’Aniane, avant de prendre l’habit monacal, subirat 4 mutations, en sept siècles.

1370 : Jean de Montméjan transmet, vraisemblablement, la seigneurie à son neveu Etienne Albert fils de Catherine de Montméjan et de Pierre Albert de Recoulettes. (près de Barjac, Lozère)

1520 : Isabeau Albert de Montméjan, héritière, épouse Etienne d’Olmières, seigneur de Bussac.

1546 : Leur fille Jeanne d’Olmières, héritière, épouse Louis de Granger, seigneur de Larcis (place forte au nord d’Antrenas, Lozère)

1655 : Jean de Granger, mari de Margueritte d’Alboy, sans héritier, charge sa mère de léguer la seigneurie à son neveu Alexandre Dupuy-Montbrun de Granger de Montméjan, fils de Paule de Granger et de Paul Dupuy-Montbrun (seigneur de Roquetaillade).

Les Dupuy-Monbrun garderont la propriété du château de Montméjan jusqu’à la fin du XIX° siècle.

Descriptif actuel des ruines du château :

Parmi les éléments bâtis figurent les ruines d’une chapelle castrale dont l’abside était vraisemblablement intégrée dans le mur d’enceinte située côté Est, à partir de la tour machicoulée. La voûte est depuis longtemps effondrée, mais le mur latéral laissait encore apparaître, il y a quelques années les restes d’une fresque représentant un visage de personnage.

Cette chapelle d’inspiration romane est cependant plus tardive. C’est le seigneur Alexandre Dupuy-Montbrun de Granger qui l’a fait aménager au milieu du XVIII° siècle.

Son autel, dédié à Saint Jean Baptiste, dernier vestige du château, sera vendu ou cédé par les Dupuy-Monbrun à la fin du XIX° siècle à l’église d’Aguessac où il est encore disposé dans une chapelle latérale.

Outre les nombreuses vicissitudes ayant affecté le château sous l’ancien régime et l’on sait qu’à la révolution une délibération traitait de la démolition du château et en particulier des tours féodales qui en formaient la symbolique. »

Alors, si vous assistez à une cérémonie religieuse dans l’église Notre Dame Sainte Marie de Lumenson, vous admirerez avec un œil différent cet autel remarquable et richement décoré dédié à Saint Jean Baptiste dans une chapelle côté nord : dernier vestige du château de Montméjan.

(P.S. merci à Pierre et Chantal de m’avoir offert ce merveilleux livre)

Claude TREMOLET

 

 

 

Le MÛRIER

On sait que Louis XI encouragea la culture des mûriers vers 1470. Quelques-uns furent-ils plantés, alors dans notre région ? On trouve « l’amourié » à Compeyre en 1534. Le compois de Verrières en 1624 mentionne aussi « l’amourié ». Autre tentative de de culture du mûrier (1720-1789) dans la vallée du Tarn ; autre essai de 1830 à nos jours. Beaucoup de mûriers furent plantés aux environs de Verrières et dans le village même. Les Rozier se livrèrent avec ardeur et succès à l’élevage des « magnans » (Albert Carrière Monographie de la commune de Verrières-1939)

Les grandes gelées de 1709 ayant tué tous les noyers de la vallée de Millau, les propriétaires « rebutés par le long terme qu’il faut à la venue de ces arbres », avaient négligé d’en replanter. Mais quelques particuliers « plus industrieux et plus laborieux », avaient, à l’exemple des Cévenols, planté des mûriers qui avaient parfaitement réussi, et se livraient à l’élevage des vers à soie. Comme il fallait faire venir à grands frais des Cévennes les jeunes plans de mûrier, les habitants pauvres ne pouvaient ne pouvaient guère en planter et demeuraient par là privés d’un revenu appréciable. Pour leur venir en aide, le Conseil Communal (1722) décide, « suivant l’exemple donné par l’intendant du Languedoc », la création d’une Pépinière assez grande pour pouvoir produire chaque année environ 2.500 plants, qui devaient être distribués gratuitement aux contribuables, proportionnellement à leur imposition. (Julles Artières-Millau à travers les siècles-1943)

En 1771, le judicieux évêque de Rodez, monseigneur Jérôme Marie Champion de Cicé

(1770-1781), nommé par le roi, évêque de Rodez le 24 juin 1770, a pris possession réelle de son évêché le 9 août 1771. Il était nécessaire pour l’évêque de connaître rapidement son diocèse qu’il venait gouverner. C’est le 15 octobre 1771, deux mois après son installation, que Mr. de Cicé envoya aux curés un questionnaire sur l’état de leur paroisse. Le curé de saint Vincent de Compeyre, Monsieur Costes, avait une charge ecclésiastique importante car son titulaire, outre les annexes de Saint Pierre de Carbassas, Saint Laurent de Pailhas et Notre Dame Sainte Marie de Lumenson, était responsable d’un doyenné (ou district) constitué de dix paroisses: Saint Vincent de Compeyre, Saint Hilarin de Rivière, Saint Pierre de Mostuéjouls, Liaucous, Saint Barthélémy de Vézouillac, Verrières, Saint Marcellin, Saint Jean-Baptiste de Clauzelles du Bourg, Saint Pierre de Trebans et Notre-Dame du Truel. Le curé de Compeyre est secondé par quatre vicaires et il en réclame un cinquième. Trois de ses vicaires sont des « panetiers », ils ont la charge de desservir les trois chapelles ou églises annexes de Saint Vincent : Notre Dame Sainte Marie de Lumenson, Saint Pierre de Carbassas, Saint Laurent de Pailhas.

I-1- Nom de la paroisse ?

– Saint Vincents de Compeyre, autrefois Notre-Dame de Lumenson.

VIII-6- Y a-t-il des fruits dont le terrain permettrait la culture, quoiqu’elle ne soit pas introduite dans la paroisse ?

– Je ne connois point des fruits dont la culture n’ait été essayée dans la paroisse.

VIII-7- Mr. le curé estime-t-il que la récolte d’une année commune soit suffisante pour nourrir ses paroissiens d’une moisson à l’autre ?

– Elle est sans aucun doute, très insuffisante.

VIII-8- En cas d’insuffisance de la récolte faite dans la paroisse, qu’elles peuvent être les autres ressources ?

– Le vin, les amandes, les noix et autres fruits, le produit des jardins et enfin les vers à soie. Mais il faut avouer qu’on cultive les mûriers avec si peu de succès qu’on sera forcé d’en abandonner la culture ; on devroit même l’avoir déjà fait.

 

Le mûrier d’Aguessac, apparemment très vieux, il est un survivant de l’époque où le village s’est lancé dans la sériciculture (culture du ver à soie) dès 1710. Le CPIE (Centre permanent d’initiatives pour l’environnement du Rouergue) et le parc des Grands Causses qui ont dressé un inventaire des arbres remarquables du territoire, en 2007, rapportent qu’il y avait 2.000 arbres dans la commune en 1828.

 

Le mûrier blanc (Morus alba) était le seul capable, de par ses feuilles, à nourrir le vorace papillon Bombyx mori dont les larves tissaient dans leur cocon des kilomètres de fils de soie qui allaient se vendre très chers. Hélas, en 1849, une maladie du ver à soie, la muscardine, dévasta les magnaneries et l’arrivée de la soie artificielle a mis fin à cette activité si lucrative.

 

Ce mûrier existait dans la propriété Vidal qui a été rachetée dans les années 70 par la municipalité pour construire une salle des fêtes transformée, depuis, en commerces.


 

Le Presbytère

 Historique du bâtiment :

Dans le livre de la paroisse, trois grandes pages sont réservées au récit de la construction de ce presbytère, en 1810, deux ans après la catastrophe de Lumenson. C’est en février 1808, par une forte crue du Tarn que l’église Notre Dame sainte Marie de Lumenson fut emportée. De l’ancienne église Notre Dame sainte Marie de Lumenson, il ne reste qu’un pilier surmonté d’une croix dans le cimetière actuel.

Par souscription particulière, cette maison fut donc édifiée sur un terrain acheté à Mr. Demnes pour la somme de 600 Frs ; le montant de la construction s’éleva à 6.000 Frs. Elle fut réalisée par un entrepreneur de Peyreleau, nommé Sévérac. Peu après la commune devenait propriétaire de l’immeuble (au cours de sensationnelles péripéties). En ce bâtiment, une salle fût réservée à la commune (première au rez-de-chaussée à droite : on y accédait par une porte qui donnait sur la R.N.9

 Et qui fût remplacée dans la suite par une fenêtre). C’était donc la salle du Conseil Municipal, ce qui explique la zone d’affichage encore présente.

Vingt ans après la construction (on avait entretemps érigé la nouvelle église en 1818) le toit du presbytère s’effondra, victime de malfaçon, de même que devait s’effondrer plusieurs pans de l’église… et depuis 143 ans le nouveau toit tenait vaille que vaille avec des rapiéçages de fortune… ce qui explique que l’opération de mai 1973 était loin de se présenter comme un luxe inutile… les derniers travaux effectués au presbytère datent de 1963 : réfection du garage qui tombait en ruines et de la pièce au-dessus ; coût : 800.000 A Frs, participation de la commune : 200.000 A Frs.

Depuis 23 ans, le locataire actuel n’a cessé de faire face aux réparations d’urgence, car de l’aveu même du Maire de l’époque, en décembre 1949, cette maison était un taudis, victime sans doute des circonstances.

Mr Sarrouy (curé) avait été occupé par la construction du nouveau clocher (Le clocher était situé vers l’ouest. Cet en 1898, que le clocher fut rebâti vers l’Est, Juxtaposant la R.N. 9.), et ses deux successeurs, Mr. Fabre et Mr. Moly, handicapés, le premier par la guerre de 1914-1918, le second par celle de 1939-1945. Ces trois derniers prédécesseurs n’avaient pu arrêter les dégradations de telle sorte que pratiquement depuis 1880, c’est-à-dire 70 ans, rien n’avait été fait pour « réparer des ans l’irréparable outrage ».    

Propriété de la commune

Depuis la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, tous les presbytères construits avant cette date ont été confisqués par l’État et sont à la charge des communes tant qu’un ou plusieurs prêtres en ont l’usage. Les paroisses payent les charges de fonctionnement et l’entretien courant mais ne financent pas les travaux de restauration qui incombent aux mairies.

La maison des associations :

Le Rez de chaussé, deux pièces séparées par un escalier central donnant accès au premier étage. La pièce sur la gauche en entrant accueille actuellement « l’île aux livres » (pièce qui était réservée à l’assistante du curé Cousi, Mme Anna Froment). La pièce sur la droite en entrant (première salle du conseil municipal en 1828, puis bureau du curé) accueille actuellement la bibliothèque. Une pièce au premier étage, cette salle est actuellement le café associatif. Deux autres salles à ce même étage, une dédiée à l’école de musique et une deuxième pour les travaux pratiques. Ces deux salles sont aussi dédiées en période d’été à l’exposition annuelle. Le jardin, l’accès s’effectue par la rue de l’Église et par l’entrée principale du presbytère avenue des Causses. Dans ce jardin, existe une construction jouxtant l’église qui est occupée actuellement par l’association cultuelle qui dispense le catéchisme. Sous ce même bâtiment existe des sanitaires.

La vierge et l'enfant

La Vierge à l’oiseau à l’Oratoire de la Manne

(Extraits de la revue paroissiale : « L’Écho de nos clochers »)

C’est le mardi soir 19 avril 1966, à 19h00, que la Madone de l’oratoire marial a pris place définitivement dans sa très belle niche de dentelle blanche et rose érigée en bordure de la nationale 9.

Le maître d’œuvre de cet édifice était Georges Valés.

Élever une statue de 300 kgs. à 4 m 50 au-dessus de la chaussée alors qu’aucun chemin carrossable ne permettait l’accès posait un problème difficile. Il fut résolu fort heureusement et rapidement grâce la puissance et à l’adresse de « Yumbo » ce grand canari, en service depuis quelques mois à l’entreprise Loubat, dont la main puissante happe et déplace les fardeaux les plus lourds. Merci et compliments à la vaillante équipe qui a dirigé cette délicate opération.

C’est le 7 mai 1966, a l’heure de l’Angélus de l’aube, qu’a été béni l’oratoire à Notre Dame de la Route qui avait été terminé la veille, au soir du 6 mai. Quoique très discrète, cette bénédiction n’en a pas moins revêtu un caractère officiel puisqu’elle a été faite en présence de Mr. André Migairou, président du conseil Paroissial et de Mr. Julien de Roquetaillade, président du Conseil Municipal, tous deux chargés de veiller sur les intérêts spirituels et matériel de notre localité. Enfermé dans la niche, un parchemin perpétuera devant les générations futures les circonstances de l’édification de ce petit monument à la gloire de la Vierge, en souvenir du Concile Vatican II.

Voici la très belle histoire de la Vierge à l’oiseau, ce chef d’œuvre de l’art auvergnat que vous pouvez découvrir précieusement conservé dans une église de Riom près de Clermont-Ferrand et dont la copie, grandeur humaine, vient d’être placée près de la Manne.

Dans sa prison de Riom, le pauvre Amable se dépêchait de finir sa statue : demain il devait être pendu !

C’était au XIV siècle, au moment où se construisait la cathédrale de Riom. Amable était sculpteur à Volvic. On avait trouvé un homme assassiné sur le chemin qui longeait son atelier et, près du corps, un poinçon marqué à son nom.

Amable avait eu beau crier qu’on lui avait volé deux de ses poinçons l’hiver d’avant, on n’avait pas voulu le croire. On l’avait condamné à être pendu.

En tâtonnant dans sa cellule obscure, il avait découvert un bloc de pierre presque aussi grand que lui. Il l’avait palpé : grenue sous le bout des doigts, lisse à la paume, bleuissant sous la lumière. C’était de la bonne lave de Volvic, vivante et douce, venue du fond de la terre. Que de fleurs savantes, que de prophètes barbus, il avait tiré de cette pierre !

Amable supplia : qu’on lui donne un ciseau, un maillet, un polissoir et qu’on le laisse sculpter…Quant à le pendre, eh bien, on le ferait quand on voudrait !Le juge avait fini par accepter.

Depuis, le pauvre Amable taillait son bloc. Et ce qui naissait de ses mains était si beau qu’on venait de partout l’admirer.

_ C’est une Vierge à l’Enfant, Monseigneur, dit un geôlier au juge ecclésiastique. Jésus est sur son bras gauche et elle tient ses petons en sa main droite. Mais surtout, elle sourit…Si vous voyiez ce sourire…

Monseigneur vint voir. La Mère souriait en effet, plissant un peules yeux, si tendrement, si gaiement. Mais ce qui frappa le plus le juge, ce fut le rire retenu de l’Enfant. Il se renversait en arrière et souriait, lui aussi, mais, fermant presque les yeux, pinçant si fort ses petites lèvres, gonflant si dru ses petites joues, qu’on s’attendait à voir fuser un éclat de rire !

_ Ta statue est bien belle, Amable, dit-il au prisonnier, mais pourquoi la fais-tu si gaie, toi demain qui sera pendu ?

_ La Vierge rit Monseigneur, du plaisir de voir son petit, mais Jésus, lui, va éclater de rire parce qu’il sait bien que je n’ai pas commis de crime.

_ Et qu’est-ce là dans sa main, qui n’est pas fini encore ?

_ Un oiselet, qui s’envolera vers le ciel quand Jésus soufflera dessus, et qui portera mon âme innocente au paradis. Mais il me faudrait trois jours pour le terminer.

_ Va, je te les donne. Ton œuvre est trop belle pour qu’on te pende avant qu’elle soit finie.

Le pauvre Amable se remit au travail. Trois jours à vivre…

Or, il arriva que le lendemain un autre homme fut assassiné avec l’autre poinçon qu’on avait volé à Amable l’hiver d’avant. Le meurtrier avoua avoir commis le premier crime, et Amable quitta la prison, libre et joyeux.

 

Et depuis cinq cents ans, dans l’église Notre Dame du Marthuret, à Riom, une Mère sourit à son petit Enfant qui, lui, s’apprête à rire, parce qu’il sait bien que les grandes personnes peuvent se tromper.

 

Si vous voulez goûter tout le charme de cette histoire d’Amable et découvrir la Vierge à l’oiseau sous son éclairage le plus expressif, prenez le temps de vous arrêter quelques instants devant l’Oratoire de la Manne, le matin, au soleil levant. C’est alors que les deux visages de l’Enfant et de sa mère sont les plus souriants.

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La Vierge à l’oiseau de l’église Notre Dame du Marthuret à Riom

La Vierge à l’oiseau représente la Vierge portant l’Enfant sur son bras gauche. Celui-ci tient dans ses mains un oiseau, illustrant un épisode de l’Évangile apocryphe de Thomas l’Israélite qui reconnaissait à l’Enfant-Jésus le pouvoir de donner la vie par son souffle à des oiseaux en terre. L’un d’eux, réveillé trop vite, lui pique le doigt. Ce thème a séduit les artistes à la fin du Moyen Âge et la datation souvent retenue est celle de la fin du 14e siècle. La qualité de la sculpture rend plausible l’hypothèse d’un artiste de l’entourage du duc de Berry. L’auteur de cette œuvre est inconnu et sa datation est incertaine. À la Révolution, la statue est sauvée par la corporation des bouchers. Badigeonnée de gris, elle prend place sur le portail au 19e siècle.

En 1932, Étienne Clémentel, maire de Riom, la remplace à ses frais par une copie. L’original, déposé dans la chapelle Saint-Jacques, a retrouvé en 1991 sa polychromie d’origine.

 

 

Le monument aux morts d'aguessac

Historique du monument aux morts :

Le deuil de la Grande Guerre a déterminé les communes à rendre hommage à leurs morts pour la Patrie. Dans les années 1920-1925, ce sont quelque 36 000 monuments aux morts qui furent érigés malgré les difficultés de la reconstruction. L’État est intervenu pour accorder des subventions et réglementer les édifications, les souscriptions populaires couvrant parfois la totalité des dépenses. Les pertes massives (1.397.800 pertes militaires, 300.000 pertes civiles et 4.266.000 blessés militaires) amènent, le plus souvent, non à glorifier la victoire, mais à honorer ceux qui ont perdu la vie. Cet aspect est important, car la très grande majorité des monuments élevés à cette occasion le sont à l’initiative, ou au moins avec la participation financière des anciens combattants, qui formaient 90 % des hommes de 20 à 50 ans en France. Leur motivation à continuer de se battre était l’espérance que cette guerre serait la dernière (« la Der des Ders »), et que leur sacrifice ne serait pas vain ; les monuments sont aussi là, dans une certaine mesure, pour rappeler ce sacrifice. Il n’est donc pas étonnant de trouver ces lieux de mémoire partout dans les départements, même éloignés des conflits, et les colonies. Leur construction commence dans l’immédiat après-guerre, mais se prolonge tout au long du XX siècle. Dans la plupart des pays, on ajoute à la liste des morts de la Grande Guerre ceux de la Deuxième Guerre mondiale.

S’appuyant sur l’esprit de la loi du 25 octobre 1919, un usage s’est imposé, depuis la Première Guerre mondiale, comme référence pour les décisions municipales en la matière : l’inscription d’un nom se justifie pleinement lorsque le défunt, décédé au cours d’une guerre ou d’opérations assimilées à des campagnes de guerre, est titulaire de la mention « Mort pour la France », et est né ou domicilié légalement en dernier lieu dans la commune considérée. Certaines municipalités ont parfois étendu cette possibilité aux victimes dont le décès est consécutif à un fait de guerre, dès lors que les deux conditions susvisées (octroi de la mention « Mort pour la France » et lien direct avec la commune) sont respectées. L’article 2 de la loi du 28 février 2012 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France précise désormais les modalités de cette inscription : « Lorsque la mention « Mort pour la France » a été portée sur son acte de décès dans les conditions prévues à l’article L. 488 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, l’inscription du nom du défunt sur le monument aux morts de sa commune de naissance ou de dernière domiciliation ou sur une stèle placée dans l’environnement immédiat de ce monument est obligatoire. La demande d’inscription est adressée au maire de la commune choisie par la famille ou, à défaut, par les autorités militaires, les élus nationaux, les élus locaux, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre par l’intermédiaire de ses services départementaux ou les associations d’anciens combattants et patriotiques ayant intérêt à agir ». Loi n° 2012-273 du 28 février 2012.

 

La mise en place d’une législation nouvelle

– La loi du 27 avril 1916 créé un diplôme d’honneur des soldats morts pour la Patrie.

– La loi du 25 octobre 1919 sur « la commémoration et la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre » établit le principe d’une subvention aux communes qui envisagent d’honorer le souvenir de leurs disparus.

– La loi des finances du 31 juillet 1920 fixe les barèmes et ouvre les premiers crédits.

– La loi du 24 octobre 1922 fait du 11 novembre un jour de fête nationale.

Juridiquement, les monuments aux morts sont pour la plupart des biens communaux et relèvent comme tels de la compétence des municipalités. A l’origine, la fonction de ces édifices a été de rassembler la population autour du souvenir de ceux qui ne reviendront plus vivre dans la cité, faisant ainsi participer la commune au travail de deuil des familles. Par ailleurs, graver les noms des morts revenait à donner à ceux-ci un peu de cette gloire dont étaient alors parés ceux qui s’étaient sacrifiés pour la victoire des armées françaises.

 

La description du monument aux morts d’Aguessac : (cénotaphe)

            La structure est un pilier commémoratif en forme de Piédestal avec la représentation du soldat mort, poilu tué à l’attaque. La décoration militaire est la croix de guerre et un entourage avec bornes et chaînes. L’auteur du monument est VERDIER Auguste.

Une inscription est présente sur la face droite : 

 

Monument élevé en 1926

Par souscription publique

Emplacement donné par

Monsieur BALDEYROU Amédée

Maire de la commune

 

Qui était Auguste VERDIER :

Sculpteur – (1871-1948)
Auguste Verdier était né à Millau, avait fait l’École des Beaux-Arts de Toulouse, puis sur la recommandation du grand sculpteur aveyronnais Denys Puech, il avait intégré la célèbre Villa Médicis à Rome, pour parfaire sa formation. Ce cursus fut couronné par le Grand Prix de Rome. A son retour en France, il épousa une demoiselle Causse de Meyrueis, qui n’était autre que la sœur du grand père de Pierre Causse et une cousine de Paulette Giraud.
A la fin de sa vie, Auguste Verdier et son épouse se retirèrent sur la Côte d’Azur. Ils sont enterrés à Sospel (06)

Autres œuvres de Auguste Verdier :

Plusieurs des sculptures de Verdier se trouvent dans les parcs de Millau (jardin Ste Anne, près de la gare et parc de la Victoire), ainsi que dans divers musées de la région.
Mais Auguste Verdier connut la célébrité après la Grande Guerre par sa série de sculptures destinées aux Monuments aux Morts de la région.
Celle de Meyrueis est la première en 1920, puis suivirent les groupes de Roquefort/Soulzon, Nant, la Malène, Aguessac, Rivière/Tarn, Brusque, Dourbies, Villefranche de Panat. Toutes ces statues sont la déclinaison du même thème : « la France Triomphante » qui tantôt apparait au soldat mourant ou secourt le soldat blessé ou bien encore console la veuve éplorée…

 

Qui a financé le monument aux morts :

Les monuments aux morts, qui ont été financés et édifiés par les communes en hommage à leurs « morts pour la France », il y a près de cent ans, appartiennent au patrimoine des communes.

 

NOTES CHRONOLOGIQUES

(Délibérations du conseil municipal)

 

-1912- élection du maire RASCALOU Louis.

-1914- 31 juillet, Mobilisation générale guerre 14-18.

-1914- 23 novembre, la commune se mobilise pour mettre en place des gestes de solidarité. Fournitures à la Croix Rouge de Millau pour les soldats blessés de linge pour confectionner des pansements ainsi que de la nourriture.

-1915- 28 mars, la commune aide la Croix Rouge de Millau pour laver le linge des soldats blessés. 

-1918- 17 novembre, le conseil communal prend la décision de réaliser un caveau communal ainsi que l’érection d’un monument au cimetière d’Aguessac.

-1919- 23 février, le conseil communal vote une subvention de 500 francs pour la réalisation du caveau communal du monument au cimetière d’Aguessac.

-1922- 19 février, réinhumation dans le caveau communal des soldats de la commune ramenés du front.

-1925- 17 mai, élection du maire BALDEYROU Amédée.

-1925- 12 juillet, proposition de vente du caveau communal et investir dans la construction du monument aux Morts de la grande Guerre.

« Les parents des soldats morts au Champ d’honneur et dont les restes ont été apporté à Aguessac, les ont inhumés dans les concessions de leur famille, qu’il n’y a dans le caveau communal que les cendres du soldat RENDU louis, que les parents retireront pour les inhumer dans leur caveau, que dès lors cette sépulture ne servira à rien et pourrait être vendue pour concessions privées. Il propose à l’assemblée de demander à Mr. Le Préfet l’autorisation de la vendre aux enchères publiques et que le produit de cette vente soit versé et ajouté à la souscription publique qui vient d’être faite pour l’érection dans le village un monument aux Morts pour la France. » 

-1925- 6 novembre, adjudication de la concession communale fixée au 27 novembre 1925, les membres de la commission seront : ARLABOSSE Victor et LACAZE Léon.

 

-1925- 27 novembre, vente aux enchères publiques de la concession communale, mise à prix 1.500 Francs.

Premier feu                            Deuxième feu                        Troisième feu

FROMENT Léon 1.600 Frs              SARROUY Henri 1.900 Frs             FROMENT Léon 2.020 Frs

SARROUY Henri 1.700 Frs             FROMENT Léon 2.000 Frs              SARROUY Henri 2.030 Frs

FROMENT Léon 1.800 Frs              SARROUY Henri 2.010 Frs             FROMENT Léon 2.050 Frs

                                                                                                                     SARROUY Henri 2.100 Frs

                                                                                                                     FROMENT Léon 2.120 Frs

Deux autres feux ayant été allumés successivement et s’étant éteints sans enchères

Adjugé à FROMENT Léon 2.120 Francs.

 

Qui entretien le monument aux morts :

Les monuments aux « morts pour le France » appartiennent au patrimoine des communes. Il en résulte des obligations d’entretien, de conservation et de protection, assorties d’un régime de responsabilité pour la commune et le maire.

                                                                                  Photo de l’inauguration du monument aux morts le 22 août 1926

Copie de l’extrait des délibérations communales :

Député : André Balitrand

Sous-Préfet de Millau : Victor Boisdé

                                                                                            Liste des soldats morts pour la France

                                                                                L’état du monument aux morts d’Aguessac aujourd’hui :